L’aphantasie

« Lorsque, malgré des stimuli, on ne produit pas d’image mentale, on est atteint d’aphantasie. Étudié depuis l’ère Victorienne, le phénomène intrigue une communauté de chercheurs. Ils explorent les ressources déployées par le cerveau pour vivre avec cette intrigante variation de la nature humaine. »

Voilà comment débute le très intéressant article de Stéphanie CHAYET dans la revue XXI n°59 d’été 2022. Je vous invite à le découvrir par vous-même, mais voici brièvement ce que j’en retiens et les champs d’application possibles.

NON UNIVERSELLE. Peut-être LA nouveauté majeure. Il nous faut désormais comprendre que la faculté de se représenter une image mentale n’est pas donnée à tout le monde. Alan CHAUVIN (maître de conférence en psychologie cognitive) déclare : « En tant qu’enseignant, j’essaie toujours de créer des images dans la tête de mes élèves pour qu’ils arrivent mieux à comprendre, et ce n’est peut-être pas une bonne idée pour tout le monde ».

NUANCÉE. À ce jour, il est estimé que 2% de la population mondiale est « aphantasique ». Aussi, à l’autre bout du spectre, environ 5% de la population est dite « hyperphantasique ». Au milieu, s’échelonne tout un nuancier « d’imageurs » que nous sommes. Exemple : imaginez la forme de la Tour Eiffel. Analysez, en détail, les images que vous visualisez en esprit. Les réponses vont ressembler à : aucune image n’est visible/ l’image est vague et imprécise/ l’image est moyennement claire et nette/ l’image est relativement claire, presque aussi nette et précise qu’une perception/ l’image est parfaitement claire, aussi nette et précise qu’une véritable perception.

Aussi, la nuance intervient selon le sens sollicité (la vue, le toucher, l’ouïe, l’odorat, le goût). Nicole HUSON (psychologue clinicienne- Grenoble) : « Ces études changent notre compréhension de la pensée humaine. On est en train de se rendre compte que l’imagerie est presque comme une empreinte digitale : il y a des individus avec ou sans voix intérieure, avec ou sans image, avec ou sans mémoire auditive, avec ou sans mémoire gustative, et les combinaisons sont infinies. »

MESURABLE. Comme peuvent l’être le quotient intellectuel et désormais le quotient émotionnel, il semble désormais possible de mesurer ce que nous pourrions appeler le quotient de visualisation.

CHAMPS D’APPLICATION. C’est très large mais voilà ce qui fait écho avec ce qui constitue mon expérience professionnelle et de vie (ski, aviation de chasse, golf, méditation). J’essaye de poser les bonnes questions.

  • Ski : y a-t-il une corrélation entre performance et capacité de visualisation ? Les champions sont-ils tous de « bons imageurs » ? Des exceptions ? Comment la prise de conscience de cet article peut aider une personne qui fait su ski de haut-niveau ? Perspectives de solutions pour faire sauter les « freins de performance » ?
  • Patrouille de France / aviation de chasse : je comprends aujourd’hui que nos capacités respectives de visualisation ne sont pas les mêmes. Est-ce un enjeu de performance individuelle et/ou collective? Comment et de combien la visualisation effectuée avant chaque vol modifie notre capacité de production d’image mentale ? Pré requis indispensable de « bien imager » pour rentrer à la PAF ?
  • Golf. Vous avez peut-être déjà lu ça à propos de Jack NICKLAUS : “Ne frappez jamais un coup, même à l’entraînement, sans en avoir une image très précise dans votre tête. Voyez d’abord la balle à l’endroit où vous voulez qu’elle finisse, bien blanche et posée haut sur l’herbe verte et brillante. Ensuite, la scène change rapidement et vous voyez la balle se rendre à cet endroit ; son chemin, sa trajectoire et sa forme, et même son comportement à l’atterrissage. Il y a ensuite une sorte de fondu enchaîné, et la scène suivante vous montre en train d’effectuer le type de swing qui transformera les images précédentes en réalité”.

Ok, conclusion, à l’instar d’Albert EINSTEIN chevauchant un rayon de lumière pour les besoins d’une simulation mentale, on peut attester sans trop se tromper que Jack NICKLAUS est un « superimageur ».

Grâce à l’article de Stéphanie CHAYET je sais maintenant que je ne suis certainement pas seul à être difficilement capable de reproduire cette visualisation (J). Quand je me pose la question « quel est le bon coup à jouer ici (avec ce lie de balle, cette distance, cette configuration de trou, ces éléments météo) ? », je prends conscience que la réponse sera très personnelle (empreinte digitale) ; qu’il me faut bien comprendre comment je fonctionne pour parvenir à une solution aidante.

  • Méditation : Voici l’extrait d’un article trouvé sur http://www.psio.com : « Les exercices de méditation pure conviendront mieux aux personnes incapables de visualiser des images. En effet, ceux-ci axent l’exercice mental sur l’arrêt du cortex comparatif et analytique et encouragent de plonger ses pensées sur le ressenti sensoriel et la respiration. Au contraire les exercices proposant une visualisation de la nature ou de scènes de vacances ou d’état paisibles dans l’enfance conviendront mieux au profil mental possédant une capacité d’imagerie. Des tentatives de visualisations ratées peuvent même stresser les personnes qui s’avèrent incapables de visualiser des images. Il y a réellement deux profils pour l’entrée rapide en cohérence cardiaque : ceux qui utilisent directement la méditation et ceux qui s’orientent d’emblée vers la visualisation. Le choix de la méditation purement sensorielle est donc bon pour les personnes qui sont peu douées pour la visualisation. »

Voici les instructions de méditation données par Jayne Storey de Chi Performance : « Très simplement, la méditation est l’art de s’asseoir tranquillement, de se concentrer sur sa respiration tout en restant présent à son corps et à son environnement. Il ne s’agit pas d’éteindre mais de développer l’attention dans l’ici et le maintenant. »

J’en arrive à la conclusion que la méditation formelle assise (et debout), nous pourrions dire « pure », proposée par Jayne est pertinente dans le sens où tout le monde, même les « mauvais imageurs », seront en capacité de méditer. Je souligne ici ce caractère universel et englobant.

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